Biographie du Gouverneur Général François-Joseph Reste de Roca

 

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Gouverneur Général


 

1935-1939 : Gouverneur Général de l’A.E.F :

Georges-Louis PONTON : Tournées effectuées avec le Gouverneur Général F.J.Reste

 

« Les gouverneurs généraux ont des pouvoirs immenses. C’est à eux que revient de promulguer et d’appliquer dans la colonie les décrets et les lois de l’état français. Ils n’ont de compte à rendre qu’au ministre des colonies et, sur des territoires immenses et éloignés de tout contrôle, ils régulent à leur gré le pouvoir législatif. Ils détiennent le pouvoir militaire  et jouissent d’une totale autonomie financière. De plus, ils nomment et contrôlent une administration qui n’a de compte à rendre qu’à eux seuls. Le gouverneur général incarne donc, sans contrôle effectif, tous les pouvoirs de la République. »(Philippe Dubois : la République, une loge dans le siècle) 

 

« Monsieur le ministre j’ai refusé d’exécuter vos ordres »

 

Sommé par le ministre des colonies Monsieur Mandel de venir d’extrême urgence à Paris   (le Gouverneur Général  Reste était  à la veille de porter un litige auprès du comité du contentieux administratifs à propos d’une  société qui avait acquis un immense territoire au Gabon et qui refusait de payer les droits – plusieurs millions) il reçoit un câble « Ai besoin de conférer avec vous d’extrême urgence. Stop. Prenez paquebot de Brazza quittant Pointe Noire le 28 novembre stop.»Signé : Mandel.

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« Je ne dis rien, je prépare ma valise sans prévenir d’autres personnes que ma femme et mon secrétaire particulier Ponton. Je prends place dans l’avion qui partait ce jour là pour Alger avec correspondance pour Marseille et Paris.

Nous essuyons une violente tempête qui nous oblige à atterrir à Fort Archambault. Je me trouvais chez l’administrateur lorsqu’à 10 heures du soir le pilote Poulain arrive la mine décomposée : " je suis navré Monsieur le Gouverneur Général mais voici le télégramme que je viens de recevoir directement  de Monsieur Mandel, ministre des colonies. Il me prie de vous réitérer l’ordre formel de vous embarquer à Pointe Noire."

Je lui demande : "À quelle heure partez-vous demain ? " Il me répond : "je prendrai mon vol à 4 heures" "Et bien à quatre heures moins dix, je serai à bord de votre avion. Au besoin je vous réquisitionnerai, ce qui est mon droit !"

"Je vous en dispense, je vous attends demain matin, heureux de vous avoir avec moi !"

Parvenu à Marseille j’envoyais aussitôt une lettre express à Monsieur Mandel : "Vous avez exprimé le désir de me voir d’extrême urgence, je n’ai pu concevoir que,  dans  ces conditions, vous m’ayez à deux reprises donné l’ordre formel de m’embarquer sur un bateau qui met vingt et un jours de Pointe Noire à Bordeaux ! A Fort Archambault vous avez réitéré votre ordre formel de m’embarquer à Pointe Noire, m’obligeant ainsi à faire 1800 kilomètres en arrière.  J’ai refusé d’obéir à cet ordre. Je suis arrivé ce matin à Marseille, je me présenterai à votre cabinet demain à 14 heures."

J’arrive à l’heure indiquée rue Oudinot, décidé à vider l’abcès. Je suis introduit aussitôt dans le bureau de Monsieur Mandel. Après l’avoir salué, je lui dis à très haute voix "Monsieur le ministre j’ai refusé d’exécuter vos ordres". Monsieur Mandel qui était venu à ma rencontre s’écria "Mais vous avez bien fait mon cher Gouverneur Général".

 

Pour un peu il m’aurait embrassé !

La presse d’outre- mer et quelques journaux de Paris s’emparèrent de l’incident et me donnèrent pleinement raison. Le ministre fut violemment pris à partie. Au demeurant il n’avait rien à me dire !

J’exigeais mon retour immédiat que j’obtins grâce à l’appui du Président de la République Monsieur Albert Lebrun, du Président du Sénat, Monsieur Jeanneney, de Monsieur Marius Moutet, ancien ministre de la France d’Outre –Mer et de bien d’autres députés et sénateurs qui menacèrent de l’interpeller si je ne partais pas. Ainsi je revins à Brazzaville où je fus triomphalement accueilli par toute la population ! »

A propos de l'exploitation de la forêt du Gabon

 

C'est au gouverneur Général Reste  qu'on doit le réquisitoire le plus sévère à l'encontre d'une exploitation qui ne fut longtemps qu'un simple pillage  indifférent à la mise en valeur du pays. (Martin Edzodzomo-Ela "Mon projet pour le  Gabon", éditions Karthala, Paris, (1999))

« Tout a été subordonné à l'exploitation de la forêt; les hommes  et les choses. La forêt stérilise le Gabon. Elle frappe les hommes, elle prend les femmes. Telle est l'image du Gabon. Un pays sans route, sans progrès social, sans organisation économique. L'exploitation de la forêt ayant absorbé toutes les forces du pays.

Je ne voudrais pas pousser le tableau trop au noir mais il est hors de doute  que le Gabon, où nous sommes depuis bientôt cent ans est incontestablement la colonie  la plus arriérée de tout l'ouest africain »

 

Un mois avant la retraite : inauguration du port de Pointe Noire

 

« Le 1er avril 1939, je procédais solennellement à l’ouverture au trafic du port de Pointe Noire, et unis à toute la population européenne et indigène nous célébrâmes en des fêtes magnifiques, la venue à quai du premier paquebot, c’était précisément 'le Brazza' ! »

 

 

La conclusion de son livre « A l’ombre de la grande forêt »

 

 « Peut être que ces hommes n’avaient-ils jamais rêvé,  dans leur imagination, d’un monde où la paix ne serait jamais troublée  Peut être n’avaient-ils jamais pensé qu’un jour la crainte serait bannie de leur esprit ? Que l’image des razzias, des fuites dans la nuit, le spectacle de la destruction s’effacerait de leurs yeux. Et ce jour est venu. La lumière s’est faite en eux, ils ont goûté la douceur de vivre. La route devant eux s’ouvre maintenant plus claire, plus lumineuse, plus humaine…En leurs âmes ont pénétré des sentiments inconnus jusqu’ici, des sentiments de solidarité, de rapprochement de plus en plus étroit, de plus en plus intime, d’incessante collaboration, d’aide mutuelle d’où naît peu à peu la fraternité. Désormais la Grand Forêt est entrée dans l’Histoire »

 

Sa vision du futur

 

« Conduire le développement économique du pays en fonction des possibilités humaines, développer un vigoureux paysannat autochtone face aux grandes plantations associer plus directement les Indigènes à la vie politique, les appeler à la gestion de leurs propres affaires… »

 

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