Biographie du Gouverneur Général François-Joseph Reste de Roca

 

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Gouverneur du Tchad, Dahomey, Côte d'ivoire


 

Gouverneur du Tchad : 1923-1926

 

Tournées

En 1923 : 149 journées de tournée

En 1924  Plus de 60 journées de tournée

 

1924    En tournée au Ouadaï

"Jusqu'ici tout ce que j'ai vu du Ouadaï m'a laissé une profonde impression  de tristesse. L'administration militaire ?   Quelle ironie  ?  Quelle petitesse d'esprit ! Quelle pauvreté de conception. Il est profondément triste de voir une belle région comme le Ouadaï, riche en hommes et en possibilités de toutes espèces, croupir dans la stagnation la plus grande"  

 

Les dangers de naviguer en baleinière sur le Logomé, Tchad:

 

"Le courant est très fort .Par suite de l'imbécillité du barreur nous manquons chavirer. Nous abordons  la rive à pic à pleine vitesse. C'est un choc formidable. La plupart des pagayeurs sont projetés dans l'eau. Dans la baleinière tout est projeté sens dessus dessous. La deuxième baleinière subit le même sort. les piroguiers –Bondjes, Boubanguis, Bafourous  ou Jukomas se feraient un jeu de naviguer sur le Logomé, de passer sur les rapides mais les Saras, leurs capitas en tête sont de vrais lourdauds qui ne connaissent rien de l'art de naviguer. Je n'ai jamais rien vu de pareil."

 

Clair de lune sur le fleuve

 « Ce soir clair de lune magnifique. Dans ma chaise longue, sur les bords du fleuve, je me laisse aller à de douces rêveries. Tout est illuminé. Des formes noires font des découpures violettes. Certains détails  du lointain,-un arbre  tordu au bord du Logomé, un barrage de pêcheurs, tout à l'heure noyés  dans l'absolu rayonnement du soleil se précisent et prennent leur place.

J'aperçois dans le fleuve des hommes immobiles, le torse sortant de l'eau, sans gestes, ils s'abandonnent au seul plaisir de regarder l'astre si clair, insouciants de l'eau qui fait deux ou trois cercles autour de leur ventre.

Quel beau lointain! C'était tout à l'heure sur le fleuve aimé!

Pays d'ombre empli de magie. Les sables clairs et là bas des bancs de sable si blancs entremêlés, enlacés, confus où la pensée va se perdre. Il y a des îles.

La nuit est une robe d'évêque. L'ombre terrestre est violette. Quelle profondeur aux horizons lunaires.

Je ne puis m'empêcher de songer que je suis en pleine nuit, étendu sur ma chaise longue, dans une région prétendue hostile et dont l'accès était interdit. J'ai ouvert cette porte et j'ai pénétré dans une maison très calme où vivent des êtres de douceur heureux d'écouler leurs jours parmi les îles du fleuve ou les bois tutélaires de l'intérieur. O ironie des choses !

Logomé : aujourd'hui cette rivière m'est familière et comme chaque heure je suis heureux de la revoir, de constater ses aspects divers et toujours semblables pourtant, de me plonger dans sa monotonie si pleine d'indifférence et de noblesse.»

 

Décembre 1923 Le rituel des Hyondos

 « Je reviens sur les Hyondos que j'ai vus ce matin.

Les Hyondos forment une secte secrète, une espèce de carbonarisme  (mais sans but politique). C'est le pendant des sociétés secrètes :

1°) Lobbi dans la Sangha

2°) Yasi dans le Mpangoné

3°) N'Kimba dans le bas Congo. »

 

"Les Hyondos forment un clan très fermé où ne sont admis que les hommes. L'initiation exige un exil dans la forêt où des flagellations volontaires  et toute une pratique de mortification et de fétichisme retiennent pendant des mois les jeunes gens hors de villages.

Les Hyondos ont leurs danses et leur ambulation figurative.

Ils étaient ce matin une centaine, le chef empanaché  de 2 plumes d'autruche  blanches (ces plumes sont à l'extrémité d'une demi couronne de fer qui serre la tête) Leurs corps étaient enduits de couleur rouge (terre rouge délayée dans de l'huile) . Tous avaient quitté leurs peaux de mouton légendaires qui pendaient accrochées à des porte manteaux faits de 3 gaulettes entrecroisées.

Ils les avaient remplacées par d'autres peaux de moutons débarrassées de leur laine et teintes en bleu très foncé. Sur ces peaux artistement disposés des rangs de perles en verre (rouges, vertes et jaunes) et des pendentifs.

Le chef des Hyondos portait en outre sur son ventre des rangs de grosses perles qui lui montaient jusqu'au creux de l'estomac

Aux chevilles et aux poignets tous avaient des bracelets en cuivre ciselé. Des anneaux de fer, une dizaine, pendaient aux chevilles. A la main tous tenaient des boomerangs ou une hachette  en bois.

Les hommes sont en cercle :  au milieu 3 tam-tam. Les danseurs entrechoquent leurs chevilles et font ainsi une sorte d'accompagnement aux tam-tam. Ils dansent tantôt en avant, tantôt en arrière, très lentement puis ils accélèrent le mouvement.

Neuf jeunes gens portent un bâton que termine une couronne de plumes coupées court (sorte de verge se terminant en balai). L'ensemble est d'un aspect harmonieux. Les danseurs chantent de douces mélopées en mineur d'un effet saisissant. Les mouvements sont parfaits. Les danseurs portent à la main une petite verge dont ils frappent en cadence le boomerang ou la hachette. Certains portent des croix blanches sur le front ou la poitrine.

Les Hyondos ont une langue et des règles de vie très spéciales.

 

Afrique comme j'admire tes aspects changeants  et toutes ces forces mystérieuses que tu recèles -mystères de la grande brousse! Mystères  des hommes, mystère de tout ce qui vit et qui s'agite.
Que représentez vous Hyondos ? Que se cache -t-il derrière vos front?

Qui saura vos pensées ? Quelle force vous mène ? Quels esprits croyez vous conjurer avec vos danses si originales ? Etes vous les héritiers  de l'ancienne Egypte ou de ces terres fabuleuses de Mésopotamie ? Venez vous de la Polynésie? Ou avez-vous habité les grottes  si froides de Menton, de Cro-Magnon ou d'Altamira ? venez-vous de ce continent disparu qui reliait  l'Afrique à l'Amérique?

Qui êtes vous éternels tourmentés, qui dansez au clair de lune, au pied des monts de Niellin, repaires de lions ? Qui êtes vous ? Vous qui cherchez par vos mimiques et vos gestes étranges à conjurer  les forces occultes qui vous entourent ? Qui êtes vous, ô vous, qui au lieu de jouir béatement de la vie, de vivre sous le clair soleil d'Afrique, tourmentez vos esprits et donnez asile dans vos cœur à cette déesse insatiable : l'anxiété ? O dites, qui êtes vous ?

Savez vous que vous êtes le jouet de fantômes, que vous tourmentez vos corps et vos esprits en pure perte ! Ironie de la vie. Créations de l'esprit plus fortes que la réalité!"

 

"Je soutiens cette idée que, contrairement à l'opinion généralement admise, les primitifs mènent une vie effroyablement compliquée. La civilisation pour moi est une poussée vers la simplification de la vie. Je pourrais citer de nombreux faits à l'appui de ma thèse"

 

 Accueil de la Croisière Noire (décembre 1924)

  

     

 

La construction du chemin de fer Congo-Océan

 

La construction du chemin de fer Congo Océan commence en 1921, sous le contrôle du Gouverneur Général Augagneur. José Reste est alors son chef de cabinet. Durant la première année des travaux on ne déplore aucune victime dans la population indigène enrôlée pour ces travaux. Ensuite la mission en revient au gouverneur Antonetti :

 

Janvier 1929 

 

" Il reste trente kilomètres à faire en pleine montagne. Il a fallu deux ans et demi  pour  achever le tronçon de route qui va de l’Ecluse au Perthus, comment veut-on qu’en cinq mois  on puisse achever sous l’Equateur, en pleine montagne, trente kilomètres. C’est absurde. Si on donne suite à ce projet on va encore faire mourir, en pure perte, des foules de travailleurs. Ce serait criminel."

 

Rapport en retour de tournée sur les chantiers du chemin de fer

 

« Me voici de retour à Brazzaville après une absence de 25 jours. La route est longue de Brazzaville à Pointe Noire et les chemins bien mauvais. Mais ce voyage n'a pas été inutile. J'en ai rapporté une vision très nette des chantiers du chemin de fer.

Depuis deux mois on vante la parfaite organisation des chantiers et du ravitaillement, l'excellence des mesures prises  pour éviter la mortalité. La réalité est tout autre et elle est bien triste.

La mortalité n'a pas diminué, loin de là! Je suis passé dans tous les camps, j'ai visité les formations sanitaires, j'ai dépouillé les archives de la main d'œuvre et j'ai fait là des contestations bien pénibles.

J'ai pris les détachements depuis leur lieu de recrutement jusqu'à leur départ des chantiers à l'expiration de leur engagement. Bien peu d'hommes revoient leur terre natale.

Je citerai l'exemple de ce détachement:

Au départ de Ouesso, lieu de recrutement: 174 hommes.

A l'arrivée à Brazzaville il n'en n'y avait plus que 80, à Mavanadi 69, à l'arrivée sur les chantiers on compte 105 hommes. Aujourd'hui sur ces 105 hommes il en reste 36.Perte totale : 138 hommes sur 174.

Par suite des fuites et des décès il faut recruter 3 hommes pour en avoir 1 sur les chantiers.

Qu'a –t’on fait pour remédier à cette situation? Rien, absolument rien.

Les hommes mal nourris, mal soignés et ni soignés ni nourris

Certes on leur distribue les quantités de vivres réglementaires  mais ces vivres sont de mauvaises qualités et toujours les mêmes: riz et poisson séché (la plupart du temps pourri), seul le poisson provenant des pêcheries de Port Etienne est bon.

On a parlé de distribution de viande fraîche! Ah la bonne histoire ! On abat trois bœufs par semaine. Les bœufs donnent en moyenne 180 à 200 kilos de viande chacun. On commence par prélever la part des Européens (40 concessionnaires qui ont droit à 1 kilo de viande chacun (en réalité ils en prennent d'avantage, j'ai pu le constater)… il reste  300 kilos pour nourrir 5100 hommes soit 6 grammes par homme ! Des équipes de 12 hommes touchent un pied, d'autres  un morceau de peau. C'est pour tous ces noirs, surtout pour les Saras, qui forment les trois quart des travailleurs un vrai supplice de Tantale

 

Les formations sanitaires et les camps des travailleurs sont au dessous de tout. Les travailleurs vivent dans de misérables cases exposés au vent et à la pluie.
Vraiment on ne peut se faire  une idée de la situation  lamentable des travailleurs du chemin de fer si on ne l'a vue!

Le service médical des chantiers (y compris celui de Pointe Noire) proteste véhémentement  et il a raison. Les Indigènes  réclament aussi. J'ai recueilli au cours de ma tournée  des plaintes unanimes.

Certes  on raconte sur tous les toits que tout est pour le mieux sur les chantiers du chemin de fer, que la mortalité est en décroissance marquée. Sur les statistiques j'en conviens  car l'ordre a été donné  (par lettre privée  au directeur de la main d'œuvre) de porter  les travailleurs décédés sur la rubrique disparus.

On ne mentionne plus sur les états que les décès survenus dans les hôpitaux, on ne tient plus compte des décès survenus dans les camps, sur les chantiers ou en route… »

 

Le recrutement des travailleurs

 

« Il devient de plus en plus difficile. Je vous envoie à ce sujet copie d'une lettre de M. D qui est considéré par M.A… comme le meilleur de ses  recruteurs, parce que le plus énergique  (lisez: le plus brutal) :

" Nous arrivons encore à obtenir des vivres  mais le recrutement est tout à fait incertain. Les hommes ne se laissent prendre que par surprise, en cernant les villages. Puis ils désertent en masse. Ceux qui restent sont des malingres  renvoyés comme inaptes. J'ai prescrit des amendes, de la prison, le remplacement de tous les manquants, l'emploi de gardes doublés dans les opérations de recrutement…"

Il en est partout de même non pas que les indigènes soient réfractaires au travail mais le sort qui les attend sur les chantiers et qu'ils connaissent maintenant les effraie »

 

 

1928-1930 : Gouverneur du Dahomey

 

 

Parce que c’est un homme simple et juste, défendant leur cause autant que faire se peut, développant le pays : plantations, routes, les Dahoméens  le surnomment Tohy : celui qui apporte le bien être.

 

Témoignages de l'écrivain Henriette Célarié

 

« La région n'est qu'un immense marécage (autour de Cotonou et Porto Novo). Nombre d'indigènes s'y étant enlisés, on le disait fétiche, invincible. Quand les travaux ont commencé (route de Cotonou à Porto Novo) les prophètes de malheur – il en est partout- ont annoncé un échec. La lutte a été dure. Il a fallu recruter des milliers de bras. Plus de 230 000 mètres cubes de sable ont été engloutis dans les marais; mais le gouverneur Reste a vaincu le fétiche

- "Pour les gens du pays vous devez être un puissant magicien ? "

Les yeux du gouverneur sourient derrière les verres binocle: "Entre eux, avoue-t-il, ils m'appellent 'Tohy'. " » (cf. Henriette Célarié : Nos frères Noirs Cameroun Dahomey, Hachette, Paris 1931, in-12, 252p).

 

« Le vieux roi bondit vers nous'…il saute, il tourne, il agite sa grande canne au pommeau d'argent. En même temps il chante. Les louanges qu'il adresse au Gouverneur Reste sont d'ailleurs méritées, ce qui n'est pas toujours le cas des louanges. Sens aigu des réalités, intelligence lumineuse et décisions promptes; connaissance approfondie de l'Afrique Noire, Monsieur Reste est l'un de nos grands coloniaux. » (cf. Henriette Célarié, ibid).

Désormais jusqu’à la fin de sa vie José s’appellera Tohy.

 

Ouagadougou en pays Mossi : rencontre avec le grand chef Mossi, le Morho-Naba

 Le roi ou Morho-Naba  (chef du Morho ou pays des Mossis) régnait d'une façon absolue  sur l'empire Mossi  capitale Ouagadougou. Cet empire fut fondé au XI siècle.

« Je suis venu remettre au Morho-Naba la cravate de Commandeur de l’Etoile Noire du Bénin… je donne l’accolade au chef Mossi et ce geste soulève un enthousiasme indescriptible. Nous assistons ensuite à une grande fantasia. Des milliers de cavaliers, groupés par provinces, défilent devant nous au petit trot ; puis se lancent dans une folle chevauchée… »

 

Création du musée d'Abomey

 

Outre son souci de développer l'agriculture et l'économie du pays le Gouverneur Reste s'intéresse de très près au patrimoine culturel et artistique des peuples du Bénin et en particulier au colossal palais des rois d'Abomey.

Il fait restaurer une partie des bâtisses, qui s'étendent sur des hectares, les Tatas,  palais des rois Glélé et Ghézo  pour y installer un musée  où sont exposés les magnifiques objets traditionnels de ce brillant  empire.

« Je me rappelle avec une intense émotion, la première visite que je fis, peu après mon arrivée au Dahomey, à la vieille cité mystique, berceau du royaume dahoméen

J'arrivais, un soir, sous les pâles rayons lunaires, et je suivais l'immense allée de ficus qui s'étendait droite comme une nef sous la blancheur de la lune. Et bientôt m'apparurent les ruines des anciens palais. Elles s'élevaient comme un vivant témoignage  du passé, elles disaient la splendeur de ce Royaume qui, au plein cœur de la Barbarie, se dressa puissant et fort  et sut imposer sa volonté aux tribus éparses qui peuplaient le pays….

Je songeais aux fêtes d'autrefois; aux foules innombrables qui animaient les palais, je pensais à ces danses sacrées où revivait tout le passé de la race.

Toute l'histoire de ce peuple était là, sous ces blocs d'argile rouge : tout ce qui restait des rêves des générations éteintes, des convoitises, des ruées, des conquêtes et des razzias, des joies frénétiques et des heures douloureuses.

Oui tout était là : toute l'histoire d'une race, ses instincts originels, ceux qui sont communs à l'humanité entière
 et aussi son ferment particulier, son génie personnel, les deux énergies qui expliquent le passé et conditionnent l'avenir.

Et la pensée me vint de ne pas laisser disparaître toutes ces choses ; de les sauver de l'oubli ; de préserver d'une destruction certaine ces œuvres d'art si fines et si expressives. Et il me sembla que nul lieu ne pouvait mieux convenir pour conserver ces reliques que cette ancienne capitale que j'aime pour ce que j'y ai découvert d'éternel et d'humain.


 

…En ce coin infime de la côte d'Afrique, sur ce plateau d'Abomey, au carrefour des routes venant des quatre coins de l'horizon, largement ouvert à tous les contacts maritimes et continentaux, une race se fixa, robuste, intelligente, entreprenante, qui sut exprimer son idéal en des œuvres d'art remarquables.

La source de son inspiration est diverse  : culte des morts, cultes des génies et des forces de la nature, culte secret de la Magie.

A voir ces œuvres de conception et de facture si différentes on ressent une intense émotion, une vraie séduction artistique:cuivres fulgurants, bois sculptés, dieux tutélaires, statuettes, masques, meubles rituels, sièges ouvrés, récades qui sont l'emblème de l'autorité, fers forgés, éventails de féticheuses, bracelets lourds de cuivre, calebasses ornées de ciselures, pagnes et tissus, poteries et maints objets liturgiques. Quelle diversité, quelle fantaisie, quelle imagination!

Que dire des bas-reliefs du palais de Ghézo et Glélé, sorte de tapisserie de Bayeux transposée dans la terre rouge.

 Là est transcrite en images naïves quelques fois mais d'un réalisme saisissant, l'histoire de tout un peuple qui soutint contre ses ennemis une lutte âpre, sauvage, de tous les instants…

Le musée que nous inaugurons aujourd'hui témoigne de notre respect pour les coutumes, de notre admiration pour les œuvres d'art qui ont été réalisées et de notre désir de rendre hommage au passé de ce peuple. »

(Extraits du discours du Gouverneur Reste lors de l'inauguration du musée d'Abomey le 21 décembre 1930)    

 

Chef de Cabinet du Ministre des Colonies, Monsieur Paul Reynaud

 

Le Gouverneur Reste est rappelé en France pour occuper les fonctions de Chef de Cabinet du Ministre des Colonies, Monsieur Paul Reynaud. Il s'occupera tout particulièrement de l'organisation de la grande exposition coloniale de 1931.

 

 

Gouverneur de la Côte d'Ivoire

 

Arrivé en Côte d’Ivoire en 1932 lors de la grande crise économique mondiale François-Joseph Reste insuffle une vie nouvelle à l’économie de la Côte d’Ivoire en favorisant les cultures vivrières, lançant la culture du café, favorisant celle de la banane. Il favorise aussi de grandes constructions: chemin de fer, hôpitaux, écoles,  routes (notamment «  la route de la banane » de Port Boué –Abidjan à Adzope par Agboville , et sur la route de Dabou à Tiassale  il fait construire un pont de 250 mètres sur le Bandama, le plus grand de toute l’A.O.F.)

 « Ouvrage de plus de deux cent mètres de long que j'ai tenu particulièrement à construire et qui vient d'être achevé. (1935)

Le pont du N'ZI n'est pas uniquement un passage commode  c'est pour nous un symbole. C'est le premier pont de  cette envergure édifié en Côte d'ivoire et il a fallu pour y parvenir livrer des batailles. Des oppositions s'étaient en effet manifestées en dehors de la Colonie. Aujourd'hui pour les  habitants, commerçants et les colons le pont  N'ZI marque le point de départ d'une ère nouvelle.

Un pont de pierre, de ciment et de bois, élégant et hardi au milieu de cette sauvagerie . Le N'ZI coule sur des fonds de sable et va se perdre dans le Bandama. Il chemine dans la forêt large et violent, à la saison des pluies, calme et tranquille après les derniers orages. Il est pareil à tous ses frères, les grands fleuves africains et ses …passions semblables aux leurs »

(Terres d'ombre et de lumière. Librairie Istra. 1936)

 

L'écrivain Clotilde Chivas-Baron parcourt la Côte d'Ivoire guidée et conseillée par le Gouverneur F.J. Reste. Elle lui dédicace son livre intitulé "Côte d'Ivoire " paru chez Larose en 1939 " En souvenir des heures vécues parmi les merveilles de la Côte d'Ivoire , en remerciement ému de son amical et fraternel accueil…"

"Voir, savoir, comprendre, triple difficulté que m'a miraculeusement aplanie  Monsieur le Gouverneur F.J. Reste "

 Une journée de travail du Gouverneur de la Côte d’Ivoire -

 « Ma journée a été aujourd’hui pareille à toutes celles qui l’ont précédée. J’ai écrit à la première heure quelques lignes de  mon livre sur la forêt. Je me suis ensuite plongé dans la lecture de dossiers, de rapports trop longs, trop volumineux, dont il est difficile d’extraire l’essentiel. J’ai signé de nombreuses lettres, des télégrammes, des rapports et puis j’ai reçu de nombreuses visites. C’est la partie la plus vivante de ma tâche, échanges de paroles, de pensées aussi. Je reçois surtout des colons, des commerçants, des industriels. Je note leurs idées, leurs suggestions. Ils luttent pour vivre, pour réussir, pour vaincre…Leur labeur est rude. Il faut surmonter les forces de la nature et la nature est si hostile quand on ne sait pas la comprendre. Et puis le soir arrive, l’obscurité se fait et le silence vient, le grand silence. J’aime entre toutes cette heure, entre le jour et la nuit. Je m’abandonne à mes rêveries. »

 

Abidjan, capitale de la Côte d’Ivoire et la forêt du Banco

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"Nos grands colonisateurs furent toujours de grands traceurs de routes, de grands bâtisseurs de ponts…le gouverneur général Reste compte parmi les plus actifs magiciens de la Côte d'Ivoire."

"Abidjan, la Locarno africaine voulue par le gouverneur général Reste : le poème de pierre, de lumière, d'air, de verdure et d'eau, qu'il a rêvé, qu'il a écrit au seuil de la riche colonie" (extrait  de Côte d'Ivoire" de Clotilde Chivas-Baron, Editions Larose, 1939

« Je voudrais faire d’Abidjan une belle cité, une ville de plaisance, avec des fleurs, des jardins, des couleurs qui s’harmonisent, une symphonie chaude et prenante…

Je veux aménager aux environs d’Abidjan une forêt réservée, la forêt du Banco. Je veux en faire un parc immense, avec des allées ombreuses où les rêveurs (il en existe encore) pourront aller se promener. Ce sera je crois une des grands attractions de la future capitale. La forêt est belle avec de grands arbres, des acajous, des avocatiers, toute la gamme des géants de la sylve… A Abidjan, au cœur même de la cité, je vais créer de grands parcs et des jardins .Les plans sont déjà faits mais que de soucis et de peines avec comme perspective de voir démolir toute mon œuvre dans l’avenir.

J’ai fini le plan d’urbanisme d’Abidjan, la future capitale. J’aurais voulu bâtir une ville à mon gré…Je suis arrivé trop tard il faudrait tout détruire : je me contente de réparer… »

La forêt du Banco

De grands changements sont opérés en 1933 avec l’érection de la station de recherche en forêt classée, l’ouverture au public et la réalisation d’importantes infrastructures (plus de 50 km de piste, piscine naturelle, mini-zoo, etc.) Toutes ces réalisations étaient l’œuvre du Gouverneur François-Joseph Reste De Roca (1879-1976) qui portait l’ambition de faire de la forêt du Banco le Bois de Boulogne d’Abidjan. Les préparations sont faites par le Conservateur des Eaux et Forêts MARTINEAU, Directeur de la station depuis 1924. En 1937, est fondée au sein de la forêt classée d’alors la première Ecole Forestière de l’Afrique Occidentale Française en vue de la formation pratique et technique de nouveaux cadres du Service Forestier. Le 31 octobre 1953, la forêt classée du Banco est transformée en Parc National.

Un éco-musée  a été installé dans la maison du Gouverneur Reste.

 

 

Abidjan: Première foire exposition de la Côte d'ivoire 1934

Le gouverneur Reste fait venir les tam-tams et les ballets de toute la Côte d'ivoire

"Les danses sont à la fois l'expression d'un rite sacré et d'un art très poussé. Ainsi sont-elles par cela même représentatives  de cet esprit magique  qui anime toute la vie spirituelle et magique de la tribu."

Extrait de la revue "Jeune Afrique "du 25 juillet 2010.

« Abidjan : un district de 2 119 km², 10 communes et 9 millions d'habitants. © D.R. Elle continue de fasciner les artistes du monde entier. Ses habitants adorent son ambiance, mais peinent à supporter son quotidien. Comment la ville, dont la population a plus que doublé en trente ans, sort-elle d’une décennie de crise politique
 

Abidjan attire, fascine, inspire les artistes. Depuis cinquante ans, écrivains, cinéastes et chanteurs l’examinent sous toutes les coutures. Les œuvres de ces témoins privilégiés nous restituent ses mutations démographique, physique, économique et sociale à travers les régimes successifs. »

« Le gouverneur général français, François Reste de Roca, lui prédit un futur radieux quand elle devient la capitale de la colonie de Côte d’Ivoire, le 7 août 1934: "Voyez […] Abidjan, que nous fêtons aujourd’hui, la grande ville de l’avenir, car le jour est proche où les navires mouilleront dans son port: alors elle deviendra le grand entrepôt de tout le monde." »

 

La fête de l'enfance à Abidjan 1934

«Le gouverneur Reste eut l'idée d'organiser une grande fête de l'enfance à Abidjan (quartier de la Pergola) avec la participation de nombreuses écoles de tout le pays. C'était la première manifestation culturelle de grande envergure organisée jusque là. L'EPS de Bingerville se distingua avec une pièce intitulée "Les villes" de Bernard Dadié qui eut un très grand succès.

Après de sensationnelles exhibitions  gymnastiques les jeunes Noirs  nous avaient charmés par des représentations théâtrales de leur composition  et qu'ils interprétèrent avec esprit, avec talent. Un sketch animait les capitales :

 Assinie était l'ancêtre courbée, cassée, vétuste, momifiée. On passait à côté de son silence sans saluer.

La "vieille Bassam" radoteuse  réclamait, récriminait et demandait, d'une voix de crécelle  qu'on lui redonnât la couronne.

Puis une dame distinguée, un peu triste et sévère – Bingerville- protestait avec la plus correcte politesse contre la décision gubernatoriale  qui lui ôtait le sceptre.

Enfin la jeune Abidjan, resplendissante et printanière, une miss France fraîchement élue, faisait mille grâces…»

 

Plus de vingt ans après….

 

Lors de l’inauguration du grand pont d’Abidjan en 1958 le Gouverneur Général est invité aux festivités par le Président Houphouët- Boigny. Tard dans la nuit, devant les marches du palais,  des hommes de la brousse  l’attendent. En l’apercevant, ils  improvisent une danse en son honneur en scandant son nom.

 

Un outil sacré :

 

L’écrivain voyageur Pierre  Béarn, parcourant la Côte d’Ivoire, en 1952,   rencontre un vieux chef qui garde, accrochée dans sa case, une pioche devenue« fétiche » parce que touchée par le bien aimé Tohy.

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