Biographie du Gouverneur Général François-Joseph Reste de Roca

 

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 Un homme parmi les Hommes


 


 

 Ses ancêtres

 

Côté paternel : Très vieille famille d’origine pyrénéenne qui compte des Capitouls de Toulouse ( Simon Reste  (1520), Jean Reste (1543), un conseiller au Parlement de Toulouse (André Reste 1630), l’auteur d’un ouvrage sur l’Histoire des Pêches, des Découvertes et des Etablissements des Hollandais dans les mers du Nord      Bernard Reste (1798)

 On retrouve traces de la famille Reste (Resta) à l’Albera en 1583 suite à l’achat de trois métairies « Mas del Perthus, Case d’en Abat, Mas Llancebat » devant Antoine Papi notaire à Perpignan, par Jacques Resta décédé au Perthus. (C’est au moment de la Révolution française que le nom de Resta se transforme en Reste. Certainement par opportunisme politique. Il n’était pas de bon ton de porter un nom qui pouvait tirer son origine de la terre voisine alors ennemie !)

Tour à tour les descendants acquièrent de nouveaux bien comme le Mas d’en Resta en 1699 et le Mas d’en Grau en 1754.

Le père de François-Joseph Reste était docteur en droit et propriétaire terrien. Son oncle Martin Reste, général à 44 ans, fut Commandant en Chef des Troupes de l’Indochine.

Côté maternel : Les  Merlué d’Ancourt d’origine normande,

 dont un Directeur de la Compagnie des Indes au Sénégal, M. d’Ancourt et Jean Bernard Merlué d’Ancourt, né en 1775,  chirurgien-major des Armées de la République et de l’Empire.

 

 

Ses premiers maîtres

 

« Je dirai que la Sorbonne eut en moi une influence décisive. Elle m’apparaît comme le facteur essentiel, capital de ma vie, après l’éducation familiale. J’ai puisé auprès de maîtres incomparables. Henri Poincaré, Giard, Le Dantec, Painlevé, Bounier  et aussi d’autres savants qui n’appartenaient pas à la Sorbonne : Jules Soury, Quinton, le docteur Gustave Lebon.

J’ai puisé, dis-je, des enseignements, une façon de penser, de concevoir les choses, les hommes et le déroulement des sociétés qui me marquèrent à jamais. » 

 

 

L’homme :

 

« Cet homme exceptionnel, penseur s’appuyant sur une large culture, aspirant à un dépassement permanent de soi… »  (Philippe Dubois : la République, une loge dans le siècle)

Enthousiaste et rêveur,  travailleur acharné, dormant peu, athlète de haut niveau, écrivain (A l’ombre de la Grande Forêt, Terres d’ombre et de lumière, Un homme parmi les hommes) économiste (« Le Dahomey, réalisations et perspectives d’avenir, »    «  Action politique, économique et sociale en Afrique Equatoriale française ») et lecteur infatigable ; cultivé, curieux, attentif aux humbles, tour à tour solitaire ou mondain. Sans illusion aucune sur la médiocrité et la bassesse humaine, capable de colères fulgurantes et de fous rires généreux.

Il porte sur la société de l’époque et les hommes de son entourage un regard lucide et critique.

Il aime la compagnie des femmes, et, très bel homme, entretient avec elles une correspondance fournie quoi que platonique.

Fin observateur il consigne soigneusement sur d’innombrables petits carnets noirs le déroulement de ses journées, ses principales occupations, les lettres expédiées à ses nombreux correspondants, ses réflexions personnelles sur des sujets très divers « J’aime tant l’action, l’action créatrice, je n’obéis pas à des sentiments d’ambition mais au désir de voir triompher une idée, une politique d’humanité » des pensées de philosophes ou d’écrivains  « Ce qu’il faut dans la vie c’est développer sans cesse sa propre volonté. C’est l’idée directrice des idées de Nietzsche et d’Emerson. Je crois que là est la vérité. Il faut toujours être supérieur à soi-même »  les comptes-rendus de ses lectures, etparfois des listes très pragmatiques de produits et objets nécessaires à sa vie domestique aux Colonies.

Il a tenu aussi un carnet de route quotidien avec articles de journaux et appréciations personnelles sur la défaite de 1940 et, combien pathétique, sur  les derniers instants de sa compagne chérie Gabrielle Reste.

 

Pour ceux qui l’ont connu, le Gouverneur Général était un homme très simple, qui se plaisait en compagnie des gens modestes qu’il traitait avec autant d’égard que les grands personnages. Ni l’argent ni les honneurs ne l’intéressaient, il avait une trop haute opinion de son destin d’homme humaniste au service d’un idéal, au service de populations déshéritées,  pour tomber dans ces pièges  médiocres.

 

Des lettres émouvantes adressées au gouverneur de la Côte d'Ivoire :

"Vous êtes le papa  de la population de la Côte d'Ivoire sans distinction de couleur. Cela est un  gêne pour certains. On le dit tout bas à cause de votre présence. On est obligé de taire toute haine. Mais cela n'empêche pas le feu de brûler lentement. "
Signé : Docteur Adattim, médecin auxiliaire, diplômé de l'Ecole de médecine de Dakar.

L'administrateur maire de Bobo Dioulasso demande l'autorisation de donner le nom du Gouverneur à une avenue de la ville.

" Car partout où vous passez vous laissez votre empreinte, vous laissez de votre passage des traces et des souvenirs qui demeurent…"

 

Un voyageur solitaire

 

De retour de Madagascar  en 1912, José et Gabrielle séjournent au Perthus chez leur mère et belle mère. José parcourt toute la région au départ du Perthus à bicyclette.

José en congé, en profite pour voyager, apparemment seul. Il visite l’Italie (Gènes - envoie dix neuf cartes postales dans une même journée- Milan, Turin,) fait une description détaillée des villes. En mars 1912 il se trouve à Menton (on prend des bains de mer) et se rend souvent au spectacle lors de son séjour sur la Riviera : opéra (10 fois) comédie (4 fois), music-hall (1 fois),  cinéma (7 fois) et palais des glaces (1 fois)

Ajoute sur son carnet de notes cette phrase de Paul Fort « Il faut renaître à tant de vies et disparaître à soi-même tant et tant de fois »  ou encore  à propos de Rimbaud «L’étreinte de la réalité rugueuse ». Son périple se poursuit par l’embarquement à Marseille pour Bizerte. Il voyage avec sa bicyclette et fait certaines étapes à vélo, d’autres en train.

 

Visite des ruines de Carthage

 

«  Vision inoubliable que laisse la plaine de Carthage.  Qui dira jamais le charme mélancolique, la tristesse infinie qui se dégagent de ces ruines. Ce n’est rien et c’est toute la vision d’un monde disparu. Ici vécurent plus de deux millions d’humains agglomérés en une cité superbe dans un des plus beaux sites du monde ». Puis Tunis, Kairouan, Sousse. Se rend ensuite à Alger  et remonte par l’Espagne. Il envoie un très grand nombre de cartes postales notamment à Gaby (des dizaines à chaque étape), tient sa comptabilité au centime près.

 

Grenade 

 

« On se prendra regretter que les Arabes aient été chassés. Les Espagnols n'ont rien ajouté à ce qu’ont fait les Maures au contraire. Quels artistes merveilleux que ces Arabes, quelle finesse, quelle poésie, quelle délicatesse ! »  Plus loin à propos de l’Alhambra : « On se prend à regretter que les Arabes aient été chassés, on se pose la question de savoir si cela n’a pas été un mal .Leur civilisation aurait pu s’épanouir. Ils n’ont été que des nomades. Ils n’ont pu se fixer nulle part et jeter les racines d’une civilisation. La civilisation d’une race est fonction de la terre sur laquelle elle s’est implantée. A Grenade les Espagnols n’ont rien ajouté à ce qu’ont fait les Maures, au contraire. Les agriculteurs andalous ou ceux de Murcia se servent des canaux d’irrigation creusés par les Maures. Les Espagnols ont construit beaucoup d’églises mais que valent-elles auprès de l’Alhambra et du Généralife. Ce dernier a été construit par un poète pour un poète. J’aimerais y vivre. Quels artistes merveilleux, quelle délicatesse, quelle poésie. C’est au Généralife qu’il faut lire les poésies arabes traduites par F. Toussaint "Au jardin des caresses" »

 

Les gitans, l'état des routes

 

Gîte de gitans, creusé dans la montagne, sans mur de soutènement, simplement blanchi à la chaux. De Linares à Grenade route « épouvantable, pas de pont. Je traverse le Guadiana à gué ».

 

Mais aussi un philosophe

 

Il note beaucoup de maximes d’écrivains, de philosophes, de scientifiques et note des réflexions à propos de Kant et de Laplace.

"Nous ne voyons jamais que l’envers des destinées, l’envers même de la nôtre" (Maeterlinck)

On peut diviser ainsi l’humanité : il y a d’abord les grands hommes, ceux qui les comprennent et puis après il n’y a plus rien.

« Il y a des individualités supérieures à d’autres mais je ne vois pas la supériorité d’un groupe d’hommes sur un autre. Une société de libres penseurs ne diffère pas sensiblement d’une société d’hommes religieux (catholiques, musulmans, protestants). Elles procèdent toutes du même état d’esprit. Les 4000 ans d’histoire que nous connaissons sont quatre mille ans de tortures, de tueries, de supplices  d’oppressions féroces non seulement de luttes pour la terre, pour l’or, pour le pain, mais de massacres au nom d’une pensée contre une pensée, de bûchers, d’échafauds, de dragonnades et de chouannerie. »

 

 Réflexions sur la "famille humaine"

 

« La famille humaine forme un tout. Elle n'est pas divisée. Elle n'est pas fragmentée en blocs isolés. Elle a des sommets qui sont les phares de l'humanité, des penseurs et des artistes mais elle a aussi une masse qui se retrouve semblable à elle-même sous  toutes les latitudes.
Paysans d'Europe, paysans d'Amérique et d'Asie, paysans d'Afrique, vous avez même cœur et mêmes pensées et les mêmes sentiments vous guident. Vous formez tous une seule, grande et universelle race humaine.

Je songe à certaines compositions musicales qui nous présentent groupées autour d'un même leitmotiv de grandes variations, ainsi la famille humaine nous offre, au sein d'elle-même, des variations infinies.

Ainsi donc il a existé une civilisation africaine fragmentaire, dans le cadre de certaines régions bien limitées, apanage de populations, de tribus particulièrement douées mais réelle, vivante, ardente.

Les récits des mémorialistes de l'époque depuis  el Bekri, Mahamoud  Kati, Ibn Khaldoun, Ibn Batouta jusqu'à Léon l'Africain , les traditions, les vestiges, tous ces objets d'art qui dénotent un esprit original et profondément humain, toute cette littérature coloniale de la seconde moitié du XVIIIeme siècle et notamment les ouvrages consacrés aux voyages de découvertes  sur la côte d'Afrique : au Bénin, au Congo, dans l'Angola, dans le golfe de Guinée  nous apportent le témoignage  de ce que fut cet épanouissement de la race noire.

Sans doute cette civilisation n'allait pas sans mœurs cruelles, sans épisodes sanglants, Il y a la magique légende de l'Afrique, la violence des Noirs, les massacres , les sacrifices humains, l'anthropophagie, la magie noire.

Elle a été amplement exploitée. Elle se prêtait bien aux effets littéraires. Il serait absurde de lui dénier toute réalité  mais elle ne représente jamais  que l'exception dans le temps et dans l'espace.

Un jour, au Dahomey, je demande à un chef d'Abomey des précisions sur la fameuse grande coutume des rois  de ce pays. Les voyageurs, les missionnaires, se plaisaient de raconter, avec force détails, que des milliers et milliers d'esclaves étaient sacrifiés chaque année en de sanglantes et cruelles hécatombes.

"Penses-tu, me répondit le chef, que nous étions assez bêtes, assez stupides, pour détruire ainsi une main d'œuvre dont nous avions tant besoin pour le travail de nos terres ?  Non, on réservait pour la célébration de la "Grande Coutume" tous les criminels de droit commun, tous condamnés à mort et ce sont ceux là qui étaient exécutés, dans la pensée qu'ils assureraient la communication entre les vivants et les morts. Le roi, avant que leur tête ne tombât, leur communiquait de bouche à oreille, un message qu'ils devaient apporter à ses ancêtres vivants dans l'au-delà. Voilà la stricte vérité."

Les sacrifices humains ont été de tous les temps. Faut il rappeler les récits bibliques, et Carthage, et Ninive, et la Grèce ?

Qu'on relise les Récits des Temps Mérovingiens  d'Augustin Thierry et qu'on me dise si les mœurs des potentats africains étaient plus sanguinaires que celles de ces princes, ces rois  et de ces reines qui ne reculaient devant aucun crime , aucun supplice.

Et que dire de l'anthropophagie? On a beaucoup écrit sur les populations noires, sur leurs caractères sur leurs mœurs. On a beaucoup écrit et on a beaucoup médit.

L'Européen qui voyage a une tendance marquée à corser son récit.

La vérité toute nue est bien froide. Elle manque de cet attrait, de ce piquant dont la légende la pare. Qui n'a frémi à ces scènes d'anthropophagie si souvent décrites ? Qui n'a pensé avec horreur à ces femmes, à ces hommes, qu'on mettait des journées entières à tremper dans l'eau des marigots ou des rivières pour attendrir leur chair? A ceux là aussi qu'on promenait nus  dans le village  avant de les débiter et sur lesquels  chacun marquait à l'argile blanche  le morceau qu'il désirait obtenir. Tableaux terribles qui auraient pu tenter Albert Dürer, comme pendant à sa danse macabre.

La réalité était atroce certes  mais elle ne revêtait pas ce caractère affreux, cette mise en scène cruelle qu'on lui prête.

Je l'ai écrit dans mes livres rien  n'est plus compliqué que la vie du primitif. Elle ne s'écoule pas limpide et claire comme l'eau du fleuve. Elle est faite d'un mélange étrange de coutumes, d'institutions, de cérémonies religieuses ou magiques, de croyances, de pratiques et de mythes d'une complexité vraiment extraordinaire.

L'anthropophagie doit être considérée avant tout du point de vue rituelique. Elle était l'expression  d'un très vieux culte .  Elle procédait du même sentiment  que les sacrifices humains que l'on retrouve à l'origine de toutes les civilisations.

J'ai gardé le souvenir d'une étrange affaire qui se passa, il y a bien des années, en pleine forêt équatoriale, tout près du grand fleuve Oubangui dans le Lobaya. Les Indigènes d'une tribu, à la suite de faits qu'il importe peu de rapporter aujourd'hui, s'étaient révoltés. Cinq Européens, des commerçants, furent tués. Trois furent mangés. Les deux autres ensevelis correctement dans une tombe  creusée par les meurtriers eux-mêmes.

Arrêtés quelques temps après, on leur demanda au cours de leur procès, les raisons qui les avaient poussés à manger les uns  et à enterrer décemment les autres.

Ils firent cette réponse qui dépeint bien le caractère réel du cannibalisme : "Nous avons mangé trois des Blancs. C'est vrai. C'étaient des hommes cruels, des hommes mauvais. Ils nous maltraitaient. Ils nous frappaient. Ils nous volaient. En les mangeant nous avons voulu nous venger. Nous les avons privés de sépulture et leur âme errante ne connaîtra jamais le repos.

Les deux autres étaient bons. Nous les aimions bien. Nous aurions voulu ne pas les tuer mais  ils ont été pris, malgré nous, dans la bagarre. Ils sont tombés dans le feu de la lutte. Du moins nous avons voulu les honorer en leur donnant une sépulture digne d'eux."

 

L'homme se plait en des conceptions étranges. Les Dieux sont insatiables. Ils ont toujours réclamé, au cours des âges, des victimes humaines, comme s'ils puisaient toutes leurs forces dans ces bains de sang.

Jadis à Mexico, au cœur du grand empire Aztèque, des centaines de victimes étaient immolées, chaque année, dans la croyance que l'Etat s'écroulerait si le sang humain cessait de couler.

Et le sang humain partout a coulé, en Amérique  comme en Asie, en Afrique comme en Europe. Et partout les victimes ont été jetées haletantes sur la pierre du sacrifice.

Afrique du passé, si semblable aux autres continents, à leur début dans l'histoire.

L'homme est partout le même, aussi cruel, aussi insatiable. »

 

Une santé de fer

 

José Reste aime se surpasser et se fera une redoutable réputation auprès de ses collaborateurs qui peinent à le suivre dans ses tournées qu’il effectue  à pied.

Très frugal et très sobre il ne tombe pas, comme certains colons ou fonctionnaires, dans le piège de l’alcool mondain et chasseur de spleen.

Atteint à son  tour par la grippe espagnole de 1918 de triste renommée,  il en réchappe bien que fortement affaibli.

Ceci dit il fait peu de cas de ses problèmes de santé qui sont fort rares. Il fut sauvé de justesse par les premières piqûres de pénicilline juste après la deuxième guerre mondiale, ayant négligé une blessure au pied devenue extrêmement grave. Mais pour sauver l’honneur il avait soin de ne point boiter, malgré de vives douleurs, lorsqu’il se trouvait en compagnie.

A soixante quinze ans il parcourait encore la montagne de l’Albera à une allure que beaucoup de quadragénaires auraient pu lui envier !

 

Nostalgie du pays d’enfance : L’Albère et Le Perthus.

 

Nov.1922

« Nous évoquons avec Louis Pech de vieux souvenirs : heures passées autrefois au Mas Reste à l’Albère. Excursion au Pic Neulos. J’avais alors six ans Je me rappelle la vision merveilleuse que nous eûmes du Pic. Il faisait un temps magnifique. Devant nous la Méditerranée étalait la somptuosité de ses eaux. Des barques de pêche, nombreuses, toutes blanches, entraient et sortaient des ports de Collioure et Port-Vendres. Temps heureux de mon enfance. C’est là, au milieu de ces montagnes, dans cette nature si belle, que j’ai pris le goût si vif des vastes randonnées à travers le monde…

Mes pensées me portent souvent vers le Perthus. Je ne puis me rappeler sans émotion la joie profonde que j’ai goûtée à vivre en contact direct avec la nature. Qui dira le charme subtil, l’exquise griserie de pouvoir s’isoler dans la vision de ces montagnes, de ces forêts, de ces vallées si variées et si changeantes… »

 

Lorsque José séjourne au Perthus entre deux longs séjours aux Colonies,  il parcourt quotidiennement avec Gaby tous les sentiers des alentours

 

« J’aime ces longues excursions, au grand vent, sur les pentes glacées de nos montagnes »

 6 janvier 1928 : « L’après midi nous montons au mas Claret. Le vent nous fouette le visage. Sur la plaine la vue est magnifique. Je ne me lasserai jamais de contempler ces paysages que j’aime tant ! Nous nous reposons quelques instant à la fontaine couverte  d’où la vue est admirable sur toute la chaîne des Albères ».

 

 9 janvier 1949 « Dès que j’ouvre  les fenêtres le matin, une vive lumière entre dans notre chambre. Joie des yeux, joie du cœur, le pic du Saint Christophe tout doré des premiers rayons du soleil. »

 

Déjà la montagne se vide (hiver 1929) « Quand je songe à la vie qu’animait autrefois nos montagnes et que je vois l’état d’abandon dans lequel elles se trouvent aujourd’hui !

Autrefois au Mas Reste, dans la propriété de mes pères, il y avait une trentaine  d’ouvriers permanents et à l’époque des moissons et des labours  des bandes d’Espagnols venaient grossir ce noyau… Les mas les uns après les autres tombent en ruines  et les terres sont en friche ».

 

Toujours au Perthus le 28 décembre 1928 : le cirque de Buffalo Bill

 

« Toute la matinée défilent les voitures de Buffalo Bill, le cow-boy. Ce cirque célèbre va en Espagne. Les camions remorquent chacun trois voitures. Le village est tout agité. Quel émoi. On entend les lions qui rugissent. Il y a des chevaux et des éléphants. Des éléphants transportés en camions ! Je songe aux 37 éléphants qu’Annibal amena de Carthage jusque dans les plaines du Pô ! »

 

 

La religion

 

José Reste était un sceptique, membre de la confrérie des Francs-maçons de la Grande Loge de France où il occupa la dignité de Vénérable Maître.

« Les religions sont des réactions contre la peur de la mort. On ne peut et on ne veut pas croire à l’anéantissement fatal. Et puis il est une chose que l’on se demande en vain : c’est le pourquoi de la vie. La science et la religion se posent la même question. C’est ce qui faisait dire à Painlevé, dans un mouvement de scepticisme : " L’esprit religieux et l’esprit scientifique sont deux frères perdus dans la même forêt sombre." »

 

 

L’amour des livres

 

« Je fais mes malles dans la joie du prochain départ. Je place avec amour mes livres dans les caisses. Que d’heures agréables j’ai passées en leur compagnie. Je leur suis reconnaissant de m’avoir rendu ma solitude moins âpre et moins douloureuse… »

 

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