Biographie du Gouverneur Général François-Joseph Reste de Roca

 

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Un parcours exceptionnel


 

2 mai 1879  15 Mars 1976

Gouverneur Général de l’Afrique Equatoriale Française

Grand Croix de la Légion d’Honneur.

Membre du Conseil de l’Ordre de la Légion d’Honneur

Membre de l’Académie des Sciences d’Outre-mer

Grand Croix de l’Ordre National de la Côte d’Ivoire

Grand Croix de l’Ordre du Bénin

Commandeur de l’Ordre du Mérite Saharien

 

 

« Afrique si peu connue et qui mérite tant de l’être, je ne suis donc pas las de te parcourir ! Ni las des brumes de ton océan, de tes cocotiers penchés sur le flot, de tes grandes plaines, de tes savanes et de tes dunes, de tes sables , de tes monts déchiquetés, de ta forêt impénétrable…Jamais las d’entendre bruire ta vie secrète : Afrique, jamais las de te découvrir !... »

 

Hommage d'un grand écrivain, René Maran au Gouverneur Général F.J. Reste à qui il dédicace son ouvrage "les pionniers de l'Empire"(Editions Albin Michel  1943) :

…"A Monsieur J.F. Reste qui a réalisé en Afrique Equatoriale Française, comme Gouverneur Général des Colonies, ce que de Brazza avait tenté mais en vain, d'y faire, le présent ouvrage apporte toute l'admiration que je lui dois."

 

Et dans "Croquis de brousse" d'André Davesne :

"A l'éminent chef, poète et réalisateur, à l'ami, à qui je dois le meilleur de ces pages  car il m'a apprit à connaître et à aimer les terres et les hommes de cette Afrique qu'il a si profondément marquée de son empreinte."

 

 

Deux mai 1879, jour de naissance de François-Joseph Reste sur la commune de Pia, à la métairie Merlué, au lieu dit « Au bosc d’en Pique » sur les bords de l’Agly,  propriété de sa mère Marie Merlué d’Ancourt, épouse en secondes noces de Joseph Reste, Docteur en Droit, propriétaire terrien sur la commune de l’Albère.

Entouré d’une joyeuse fratrie le petit José s’imprégnera à jamais, dans sa toute première enfance des senteurs de cette terre catalane qu’il ne pourra jamais oublier.

Frappée par un second veuvage sa mère se voit contrainte de vendre la propriété familiale de l’Albère, occupée par la famille Reste (Resta) depuis 1583.

La famille va dorénavant vivre à Marseille. Le jeune José ayant commencé ses études secondaires à Narbonne les  poursuit  alors à Marseille où il s’adonne à la voile, escalade les calanques, intrépide et aventureux. Il aime déjà les défis physiques, les grands espaces mais aussi les lectures solitaires à l’abri des rafales du Mistral.

Aux vacances il retrouve son mas bien aimé des Albères, le Mas Reste, auprès de sa tante Antoinette qui en a la jouissance jusqu’à sa mort en 1906.

Pendant deux longs mois il partage la vie des métayers, des bergers, court la montagne, connaît ses moindres caches, ses grottes, ses sentiers qu’il parcourt à pied, à dos de mulet ou en charrette. Connaît toutes les fontaines, celle du col de l’Ullat qu’a façonnée de ses mains le berger Manel, du col de Llobregat où gendarmes et Trabucaires jouaient à cache- cache, du château de Requesens, illustre demeure des Comtes de Rocaberti.

Attiré par les sciences Joseph Reste suit des coursà la Faculté de Marseille puis à la Sorbonne (certificats de Physiologie et d’Histologie) et se présente, tout à fait par hasard et avec succès, au concours d’entrée de l’Ecole Coloniale en 1898.

Diplômé del’Ecole Coloniale, il passe en plus une licence en droit et une licence ès sciences.    

Il effectue son service militaire en tant que Chasseur Alpin et devient par là même un excellent skieur et un marcheur infatigable.

Il se marie en 1903 avec sa cousine Gabrielle Reste, fille du Général Martin Reste qui s’était illustré pendant la campagne du Mexique en tant que tout jeune officier. Il avait acheté au Perthus la maison Honorat à la famille Vinyes. C'est là que vient se reposer le couple José et Gaby entre deux séjours en Afrique.

 

 

 

Décembre 1903- novembre 1911 : MADAGASCAR

Pour son  premier poste José Reste est affecté comme administrateur stagiaire à la lointaine île de Nossi Bé, au large  de  Madagascar gouvernée alors par le Général Gallieni, ami de son oncle et beau père le Général Martin Reste.

Bien plus tard il évoquera les charmes de cette contrée dont la flore et la faune lui laisseront un souvenir impérissable.

En 1905 il est chargé de la mission délicate de négocier le départ de l’escadre russe, commandée par l’Amiral Rodjevenski, en escale dans les eaux territoriales de Nossi Bé. On est en pleine guerre russo- japonaise et les Japonais protestent auprès du Gouvernement français de la présence de cette flotte indésirable qui doit se rendre à Port Arthur.

Le jeune administrateur est reçu avec de grands égards par l’Amirauté russe qui ne ménage ni le cérémonial ni le champagne. Joseph Reste multiplie ses visites avec brio et diplomatie et obtient, à long terme, le départ de cette puissante escadre à l’occupation inquiétante. « Une flotte considérable : des cuirassés, des croiseurs, des contre torpilleurs, des torpilleurs, un navire hôpital, un navire atelier, des ravitailleurs en grand nombre. La flotte était au mouillage dans les eaux territoriales, certains à quelques mètres de la jetée. Elle aura stationné trois mois dans les eaux territoriales.

Ses supérieurs vantent sa diplomatie, sa courtoisie et son habilité à régler ce problème épineux. C’est à la suite de son intervention qu’il recevra une décoration honorifique de la Sainte Russie  

Il  demeurera trois ans à Nossi-Bé puis travaillera pendant quatre ans au Gouvernement Général.

 

Il séjourne sept ans dans la grande île et devient Chef de Cabinet du  Gouverneur Général Augagneur, successeur de  Gallieni.

 

 

 

Puis à sa demande il est affecté en Afrique Equatoriale Française où il dirige tout d’abord le Commissariat Spécial pour les Sociétés Concessionnaires, puis à la suppression de ce service est affecté au commandement de l’immense région de la Likouala aux Herbes, au Congo. C’est là, sur ces vastes territoires inondés et sauvages, que José pénètre profondément l’Afrique, la parcourant en pirogue et  à pied (cinquante kilomètres ou plus chaque jour) enivré par cette nature et ces hommes authentiques.

 

 

En 1918 il est nommé Directeur des Affaires Economiques au Gouvernement Général à Brazzaville. Puis en 1920 Directeur de Cabinet du Gouverneur Général de l’A.E.F. : Victor Augagneur.

En 1922 le voici Gouverneur du Tchad (1922-1926), puis après un intérim du Gouverneur Général Antonetti, (période difficile  en raison des graves problèmes  posés par la construction du chemin de fer Congo-Océan : les solutions qu’il apporte avec la collaboration du médecin-général Lasnet (aucune victime durant son intérim) lui vaudront de chaleureuses félicitations du Ministre.) 

Gouverneur du Dahomey (1928-1930), Il est choisi par le ministre des colonies, Paul Reynaud, pour diriger son cabinet en 1931-1932. Il s'occupe alors de la grande exposition coloniale qui se déroule à Paris en 1931.

 

 

Revenu en AOF en tant que gouverneur de la Côte d'Ivoire, il propose, en 1933, un plan de mise en valeur économique pour tenter de surmonter la crise. Parmi ses réalisations, il crée la première foire-exposition à Abidjan, le 21 janvier 1934.

Enfin en 1935 il est nommé Gouverneur Général de l’Afrique Equatoriale Française, siège Brazzaville.

En 1936 il publie « Terres d’ombre et de lumière » (éditions Istra, 214p) hommage  vibrant à l’Afrique, celle qu’il a parcouru depuis les années 1912, le Congo, le Tchad, le Dahomey, le Sénégal,  la Côte d’Ivoire… 

En 1939 il est mis à la retraite et offre ses services, la guerre ayant éclaté, au Gouvernement en place. A la suite de la débâcle de 1940 il est pressenti par Vichy pour servir le gouvernement. Il s’y refuse catégoriquement, se retire dans sa maison du Perthus ou dans  son Mas des Albères occupé par les Allemands. Il tient un journal de bord anti-pétainiste et anti-allemand qu’il transporte en tout temps et en tous lieux dans sa sacoche de cuir au nez et à la barbe des occupants «Je songe à tout ce que j’ai souffert pendant l’occupation, à toutes les privations, à toutes les brimades, à tous les dangers, à cette menace constante de mort qui pesait à chaque instant sur ma tête »

Son épouse Gabrielle, atteinte d’une leucémie, s’éteint à Montpellier en 1941.  Il relate avec une émotion pathétique l’évolution de la maladie et les derniers instants  de Gaby.

Gaby très artiste et sensible  portait une grande admiration à José.

En 1943 il publie son second ouvrage « A l’ombre de la grande forêt » (éditions Stock, 202p). Avec lui nous pénétrons dans cette obscure et magnifique cathédrale. Cette nature vierge et grandiose, sans aucune empreinte encore de l’homme blanc, lui inspire des pages superbes au romantisme exalté.

A la libération il est Président du Comité de Libération et Maire du Perthus. Il est nommé à la Haute Cour de Justice chargée de juger les personnalités compromises avec l’ennemi.

 

Remarié en 1945 avec Etiennette Mourgues dont il adoptera les deux filles orphelines de son ancien secrétaire particulier Georges Louis Ponton,
qui, chargé de mission auprès du Général de Gaulle avait été nommé  Gouverneur de la Martinique en 1943.

 

 

François-Joseph Reste est  élu député de la Côte d’Ivoire cette même année 1945, occupant un siège  à la première Assemblée Constituante qui donna naissance à la quatrième République.

En 1951 il entre à l’Académie des Sciences d’Outre Mer où il succède au Président Albert Lebrun.

Il est nommé Grand Croix de la Légion d’Honneur, décoré par le Président Auriol.

 

Il siège pendant des années au Conseil de l’ordre de la Légion d’Honneur  chargé d’étudier les dossiers  des candidats  à cette décoration éminente.

 

 

 

Le Gouverneur Général Reste s’éteint en 1976 à l’âge de 97 ans toujours lucide et curieux, évoquant ses années d’enfance en terre catalane et ses aventures de jeune administrateur puis de Gouverneur et Gouverneur Général  dans une Afrique encore très peu connue.

 

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