Biographie du Gouverneur Général François-Joseph Reste de Roca

 

(Cliquez sur chaque photo pour en voir l'agrandissement et la légende, située sous celui ci. Cliquez sur les liens pour des informations complémentaires)


 Georges Louis  PONTON ancien secrétaire particulier du gouverneur général                  

    

  

  

Fils aîné d'une nombreuse fratrie, il est né (1906) là bas, sur la terre lointaine de Madagascar. Son paternel, comme il aimait l'appeler, dirige les services postaux de la Grande Ile.

Mais, comme tous les enfants de coloniaux, il a fallu un jour quitter l'île magique, pour se forger un destin plus conforme aux ambitions parentales.

Ainsi il intègre le pensionnat en terre de France, près de Valence, non loin du berceau familial de Sablons sur Rhône en Isère. 

Puis, admis au concours de l'Ecole Coloniale, il poursuit également des études de droit à la faculté de Paris.

Après son service militaire chez les Chasseurs Alpins, il occupe  son premier poste, à Koudougou, en Haute Volta.

Curieux de tout, il s'attache aux populations, se libère des conventions citadines, parcourt la région à cheval, chasse et pêche comme un Robinson, et écrit des articles ethnographiques pour la revue "Outre Mer" tels "Les Gourounsi du groupe voltaïque" et "le crocodile de Poum".

En 1933, à vingt sept ans, le voici en poste auprès du gouverneur Reste en Côte d'Ivoire, qui fit ses débuts en 1904, dans la Grande Ile de Madagascar lui aussi, et se lia d'amitié avec le père de Georges Louis Ponton.

Secrétaire particulier du « Grand Patron » Georges Louis ne craint pas les journées de douze heures sur des dossiers bardés d’épines ni les tournées, marches forcées, à travers brousse, sous les tornades incontinentes, ni la reptation nocturne des panthères autour des bivouacs entourés de seccos.

 

En 1934 le gouverneur Reste le charge de l'organisation de la grande foire exposition de Côte d'ivoire.

Outre ses talents d'administrateur, il élabore aussi les spectacles au palais du gouverneur, en écrit les sketches, se charge de la mise en scène, accompagne les vedettes au piano.

En métropole il fréquente artistes et intellectuels, présente des conférences sur l'Afrique "J'ai eu hier une journée très intéressante: ai déjeuné à deux heures avec Lapie et un nommé Vieujaux, publiciste, affichier, éditeur connu à Paris. Nous avons formé des projets communs. Je suis allé ensuite chez Monsieur de Jouvenel, ancien ministre, ancien ambassadeur de France en Italie, 6 rue Fèron. Demeure magnifiquement somptueuse avec des laquais très grand siècle, des plafonds infinis, des salons en enfilade. C'est le plus bel hôtel particulier que j'aie jamais vu avec des trésors inestimables comme meubles, tapisseries, reliures. Il m'a reçu très aimablement et m'a chargé d'écrire un bouquin dans la collection qu'il va lancer sans doute cet hiver chez Angoulevent. J'ai accepté et choisi mon titre "Afrique, certitude de l'Europe". Je suis allé ensuite chez André Boll, décorateur qui a fait les décors de l'Opéra, du Français et même de Moscou. Appartement très moderne avec baie vitrée sur la Seine, ameublement tubulaire, portes qui coulissent. Cocktail party et dîner debout, amusant. Une quinzaine de personnes dont les deux jeunes filles de Madame Boll.

Par ailleurs on a dressé le programme d'une série de conférences qui auront lieu boulevard St Germain, d'octobre à mai prochain sous l'égide de "Rive Gauche" Je ferai ma conférence en Novembre  et traiterai naturellement de l'Afrique."

 

A la déclaration de la guerre en 1939 Georges Louis Ponton  est enrôlé dans la "coloniale" et se retrouve lieutenant, puis capitaine, en poste près de Fort Archambault, au Tchad, chargé avec ses hommes de la construction d'une route près de Maimara.

 

Bien que très éloigné de la métropole il suit avec assiduité les "évènements" et parle ouvertement dans ses lettres d'aller rejoindre l'armée britannique en Libye.

Puis c'est l'appel du général de Gaulle, le Tchad se rallie à la France Libre, Georges Louis Ponton gagne la Côte d'Ivoire sous des noms d'emprunt et participe activement aux mouvements de résistance.

 _______________________________________________________

Souvenirs de la mission de la France Libre en Gold Coast

Ici Radio Accra

 

À la mémoire de Georges Ponton et de Stéphane Manier

Cette modeste histoire vaut peut-être d'être contée.

 

*********************

je vais évoquer le souvenir de ceux qui se retrouvaient sur les marches qui menaient à la maison rose et verte, où, sur la route d'Atchimota s'abritait la mission de la France Libre en Gold Coast dirigée par le Commandant Ponton.

 

  

 Georges Ponton. Il faut en camper le portrait, en tête de ce récit, pour qu'il soit là, en figure de proue, à la place qui lui revient, qui lui serait toujours revenue au cours d'une carrière qui s'annonçait éblouissante. Quatre ans plus tard, hélas, à Fort-de-France de Martinique, je devais voir son pauvre corps brisé, à l'issue d'une tragédie qui, pour moi, demeure encore inexpliquée.

Un front haut, une chevelure brune et drue qu'éclairait à droite une mèche presque blanche, et sous ce front, des yeux dont le premier regard vous prenait tout entier. Virilité, souplesse, élégance. Telle était la première impression, et rien de cela n'était trompeur.


Ce n'était pas facile d'être chef de mission en Gold Coast, de représenter, en territoire britannique, la France Libre (on disait encore la
France combattante) à trois mois à peine du fiasco de Dakar. Le moins que l'on puisse dire est que l'état-major d'Atchimota ne nous prenait pas tout à fait au sérieux. Comme il a su nous faire notre place, virilement, sans rien quémander, sans rien abandonner !


Avec quelle souplesse, cet administrateur et ce soldat sut-il se faire diplomate ! Comme il a su saisir au vol, chaque occasion, même la plus imprévue, voire même parfois la plus douteuse. Un autre que moi écrira peut-être un jour l'histoire du roi des Abrons et de son passage, avec sa tribu, de Côte d'Ivoire en Gold Coast. Elle est peut-être un peu obscure.


Mais Georges Ponton a su faire en sorte que la presse des États-Unis tout entière s'empara de la chose et nous en fit une auréole dont nous restâmes les premiers ébahis.


Avec quelle élégance raffinée savait-il se mouvoir dans ces salons si guindés parfois, que même en pleine guerre, par quatre degrés de latitude nord, les fonctionnaires britanniques n'y pénétraient qu'en smoking noir. Il parlait un anglais informe, et qui ne s'est guère amélioré ; mais sa personnalité, son rayonnement étaient tels qu'il devenait d'emblée l'invité d'exception vers qui se tournaient tous les yeux, se tendaient toutes les oreilles. C'est alors que commença la grande période de la Gold Coast. Et tout d'abord, quelques milliers d'Américains s'occupèrent à faire de l'aérodrome un des plus considérables et des plus actifs du monde. Bientôt, nous vîmes, du large où ils avaient abandonné d'invisibles porte-avions, des essaims de chasseurs s'abattre sur le terrain. Le lendemain, ils reprenaient leur vol vers l'Égypte et la bataille. Qu'auraient fait les Alliés sans
Éboué, sans Fort-Lamy!


Puis vinrent les visites et les passages. Nous avions pu nous installer un peu plus au large et le commandant Ponton (la quatrième ficelle venait d'arriver) allait pouvoir occuper une belle maison, au sommet d'une petite colline, où, le soir, passait le vent du large

 

Nous nous sommes heurtés parfois durement ; j'ai de lui une lettre de semonce de six pages, qui se termine sur ces mots : «Eh bien, soyez content... vous m'avez fait perdre deux heures ! » Cela remonte à cette période trouble de novembre 1942, où nos nerfs étaient à fleur de peau, et où personne, jamais, n'avait tout à fait raison. Mais je ne lui avais pas fait perdre deux heures. Sur ces six pages, il avait bâti une analyse si serrée de la situation à Alger, que tout le drame y était prévu, dans son implacable déroulement où le sinistre allait se mêler ou bouffon, jusqu'à cette conclusion logique que tout alors, sans nous en excepter nous-mêmes, semblait s'ingénier à rendre impossible.

 

*********************


Comme cela s'est terminé brusquement... j'allais écrire brutalement. C'était un dimanche, fin
novembre 1942. Nous étions, comme chaque dimanche, sur cette plage de Winneba où la barre atlantique est moins méchante qu'ailleurs. Au-dessus de la braise encore chaude, les restes du mouton - méchoui traditionnel - achevaient de se calciner ; il y avait de l'ombre au pied des cocotiers ;


C'est alors que Lord Duncannon est venu nous rejoindre. J'ai tout de suite compris qu'il y avait du nouveau. Depuis huit jours déjà, ça n'allait plus très bien. Qu'est-ce qui se mijotait là-haut, à Alger ? Que signifiait l'attitude de Boisson à Dakar et les prises de contact entre lui et Lord Swinton ? À quoi rimaient ces rencontres furtives et pleines de hargne aux frontières du Togo ? Enthousiasme du 8 novembre, comme tu commençais à t'effilocher !


Ah, ce ne fut pas long ; cordial, très cordial même (et comment Lord Duncannon ferait-il pour ne pas être cordial ?) mais derrière toutes ces cordialités, il y avait tout de même une décision.


« I am sorry, old man, I have some bad news for you ! »


Le « bad news », la mauvaise nouvelle, il l'avait déjà donnée au commandant Ponton ; et voici que nous l'apprenions à notre tour.


Fini, Radio Accra, finie la voix de la France Libre en Afrique occidentale... Couic... Silence.


Mais pendant vingt deux mois tout de même, Stéphane Manier et moi-même avions été les seuls journalistes de la radio, au monde entier sans doute, à pouvoir, sans même l'ombre d'une censure, dire exactement ce que nous pensions. Cette prodigieuse liberté nous l'avions due tout d'abord à l'affectueuse confiance que nous témoignait le commandant Ponton, mais aussi au libéralisme magnifique dont avaient fait preuve les autorités britanniques, civiles et militaires. Au moment où Lord Swinton nous tordait le cou, c'est cela qui nous consolait dans notre disgrâce.

 

 Gold Coast.

« Dchang ! » dit Georges Ponton.



 

 

André Kaminker (lieutenant André Sablons)
Extraits de la
Revue de la France Libre, n° 60, juillet-août 1953, et n° 61, septembre-octobre 1953.

 

 _______________________________________________________

          

Charles De Gaulle : Mémoires De Guerre "L'unité"


" Leclerc ne serait subordonné aux généraux Alexander et Montgomery qu'une fois effectuée sa jonction avec leurs forces. Alors, il participerait, sous leur commandement stratégique, à la bataille éventuelle de Tunisie. D'autre part, dans le cas où les gens de Vichy s'opposeraient au débarquement et où, aidés par les Allemands, ils livreraient bataille aux alliés, nous devrions leur arracher les territoires français à notre portée. D'ailleurs, nos missions : Ponton en Gold-Coast et Adam en Nigeria, nous ménageaient, en Côte d'Ivoire, en Haute-Volta, au Togo, au Dahomey, au Niger, les intelligences utiles. "

(L'Unité, "Intermède", bib. de la Pléiade, p 295)

 

 

En novembre 1942 il rejoint par avion l'Etat Major du Général De Gaulle à Londres qui le nomme peu après, en 1943, gouverneur de la Martinique, dont la population s'était ralliée au mouvement de la France Libre.

                                                                       


Charles De Gaulle : Mémoires De Guerre "L'unité"


" Avec doigté et fermeté, ils mirent tout et chacun à sa place. L'amiral Robert se rendit à Porto-Rico et, de là, partit pour Vichy. Le gouverneur Ponton, venu d'Afrique Equatoriale, fut nommé gouverneur de la Martinique. Le secrétaire-général Poirier, puis le gouverneur Bertaut, reçurent la charge de la Guadeloupe. L'or de la Banque de France, entreposé à Fort-de-France, passa sous le contrôle du Comité d'Alger. "

(L'Unité, "Alger", bib. de la Pléiade, p 393)

 

 

Le gouverneur Ponton  favorise l'épanouissement intellectuel et artistique des Antillais, offre un poste d'attaché culturel à l'écrivain Joseph Zobel.  

 

"Le ralliement de la Martinique à la France Libre, en 1943, marque la fin du règne répressif de l'Amiral Robert, envoyé du gouvernement de Vichy. Joseph Zobel rencontre alors le gouverneur Ponton, envoyé par le Général de Gaulle et la France Libre. Homme de culture, (c'est chez lui que Joseph Zobel rencontre Louis Jouvet, de retour de son exil aux Etats-Unis) (que Georges Louis Ponton a fait aller chercher, avec sa  troupe d'artistes, avec un navire de guerre) il recrute le jeune écrivain comme attaché de presse du gouverneur, responsable de deux publications : la revue Antilla et l'hebdomadaire culturel La Semaine Martiniquaise."

 

Cependant les anciens partisans de Vichy complotent dans l'ombre et Georges Louis Ponton sait qu'il compte de nombreux ennemis.

"Le gouverneur Ponton qui assistait au "Méringur" n'en désapprouva pas l'inspiration "Vous avez bien fait me dit il de secouer les Békés blancs. Il faut un peu les aider à réfléchir."

Quelques semaines plus tard le gouverneur Ponton, homme jeune et vigoureux, décédait subitement."

Extrait de "Mayotte Capecia ou L'aliénation selon Fanon" Christiane P. Makward

Paris : Karthala, 1999. - 230 p.
 

 

Il mourut tragiquement le 29 juillet 1944. La Martinique tout entière le pleura. C'est le grand poète Aimé Césaire qui prononça son éloge funèbre.   (revue Tropiques, fac-similé : Ed. Jean Michel Place, 1994, p153-156)

 

 

Haut de page